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Une belle page blanche

Au début de l'été, un peu fatigués par une saison bousculée, on était pourtant heureux de partager de précieux moments d'art et de convivialité. Malgré quelques rares possibilités d'accéder à des locaux pour nos répétitions, malgré l'annulation sans compensation de nos dates de diffusion, nous avons pu compter sur la générosité des comédiens dont la souplesse a permis de travailler au gré d'un calendrier et de conditions variables, des adhérents dont les dons ont participé au financement des frais de création, des amis qui ont ouvert leur jardin, leur maison, leur atelier, des professionnels du spectacle qui n'ont pas compté les heures de travail bénévole, du public qui est venu nombreux, bravant une météo capricieuse. 18 mois de "résilience" enjointe par les pouvoirs publics. On constate cependant les effets de cette interminable crise, en ces temps souhaités "de reprise" : une jeunesse désorientée, un engagement frileux face à une avenir in

Avec tout notre soutien

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Un titre emprunté à l a formule toute rhétorique usitée par les institutions, lorsqu'elles répondent, avec parcimonie, à nos appels. Nos légitimes demandes sont rejetées, sauf à de rares occasions où notre insistance est récompensée par une miette nous concédant, comme un privilège, le droit de rencontres épisodiques dans des locaux encombrés ou sans chauffage. Nos tentatives pour obtenir des rendez-vous avec nos élus dits "de terrain" se soldent par une visio où notre action qualifiée de "courageuse, "nécessaire", "méritant le soutien"… se paie finalement de mots. L'absence institutionnelle nous prive de 700 heures de répétition, annule toutes nos dates de diffusion sans compensation ni report, épuise nos maigres ressources.   Après un hiver rigoureux où l'on en a vu plus d'un renoncer, où les plus courageux ont tenu le cap - réussissant encore à convaincre les moins téméraires à œuvrer à distance, où le projet a été sans cesse revu,

Un printemps givré

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L'équinoxe, on ne sait trop pourquoi nous faisait espérer un renouveau, des moments plus doux, mieux partagés… mais on n'en a pas fini avec cette fichue crise ! A notre habitude, on s'accroche, on tient le cap, on fait contre mauvaise fortune bon cœur… bien que cela ne suffise pas toujours à enrayer le désarroi et les effets dépressifs. Sensibles et solidaires à l'égard de nos artistes de tous âges, on revoit indéfiniment notre copie pour ré-créer des temps où œuvrer ensemble trompe l'inquiétude.   On entend les demandes pressantes pour un retour "à la normale" avec un calendrier moins épars (comme si ça dépendait de nous - l'accès restreint aux salles de répétitions nous prive de plus de 700 heures d'activité), on multiplie les contacts distanciés avec les plus troublés, on envoie moultes messages pour entretenir un peu d'enthousiasme et résister au marasme …    Enfin, malgré le gel et le vent, on enfile nos gros manteaux et nos masques pour u

Le comédien désincarné

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En reprenant le titre de l'ouvrage où Louis Jouvet compilait ses notes de réfugié sur un lointain continent, durant les années 1940, on y entend quelque écho avec nos vies exilées à l'intérieur : "En ce moment où il m'est impossible de faire du nouveau, de monter de nouvelles pièces de théâtre, je me laisse gagner par les interrogations… Mon imagination, mon sens dramatique travaillent à peine, paresseusement et sans appétit."   Se ré-inventer ? Sommes-nous si mal entendus qu'on croit que la culture n'a d'autre objet que la fuite d'une réalité dont les artistes auraient l'égocentrique privilège ? Nous sommes des citoyens, des travailleurs. L'art, comme vécu collectif s'appuie sur le temps qui donne à observer, à digérer, à transcender… Que ré-inventer quand la cadence hebdomadaire des annonces n'offre qu'un tour de roue pour les rôles de petits rats encagés, inemployés, auxquels on nous assigne ?   Alors on insiste, on crie, on

De qui se défie-t-on ?

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Cette semaine, la mairie de Malakoff envoie aux associations, la copie d'une lettre adressée au premier ministre, signée de la maire et son adjointe chargée de la vie associative. Il s'agit de dénoncer le projet de "contrat d'engagement républicain" que les associations devront signer dans le cadre de la loi contre le séparatisme.   En effet, on s'étonne d'une telle défiance institutionnelle à l'égard des seules associations "subventionnées" (ça vaudrait même pour nous dont les aident plafonnent à quelques centaines d'euros annuels), légalement déclarées auprès des préfectures, régies par la loi de 1901 - qui stipule déjà que ni les statuts ni les actions ne peuvent contrevenir à la loi républicaine. On s'interroge sur l'efficience d'une nouvelle loi qui concerne les associations déjà soumises, chaque année, au traitement de l'importante paperasse bureaucratique pour répondre à l'arsenal règlementaire des agréments, c

Les bons vœux de ceux qui s'en fichent

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On ne cesse pas d'être naïf, on ne cesse de croire que nos élus se soucient de solidarité à l'égard des démunis, on n'a de cesse de croire au Père Noël ! Contents de laisser cette "drôle d'année 2020" derrière nous, on a souhaité que 2021 nous donne un peu d'espoir, une petite perspective, une lueur dans la nuit, une nouvelle sympa au pied du sapin - en ces temps d'échanges traditionnels de bons vœux. Alors, on a pris notre plume pour sensibiliser nos élus locaux au péril qui est là, au désarroi qui est le nôtre, et solliciter l'autorisation de pratiquer (un peu) l'enseignement artistique de la Compagnie du Ressort - qui est permis depuis le 15 décembre … C'était aller au-devant d'une grande désillusion ! Outre ceux qui ne daignent même pas répondre à notre SOS, il y a ceux qui assument que "oui, les institutions culturelles sont ouvertes aux activités, mais pas les associations, car elles sont accueillies dans des locaux non-esta

Neuf mois dans les abysses

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Abysse : profondeurs sous-marines où la lumière ne filtre pas ou peu et dont l'étendue occupe la majeure partie du globe.   A l'aube d'une nouvelle année, on n'ose plus prendre de bonnes résolutions. A peine jette-t-on un regard en arrière pour tenter un modeste bilan.    Au printemps, la troupe perdait la moitié de ses effectifs, mais quelques comédiens expérimentaient le visio-théâtre. Nous fûmes "les oubliés du dé-confinement" mais avons pu compter sur l'aide de proches pour préparer et diffuser notre spectacle rescapé. En septembre, on se faufile pour 3 représentations devant un public parsemé, masqué, hydro-alcoolisé. Et voilà qu'à peine notre 27 ème saison engagée, nous sommes renvoyés dans nos pénates ! Les circonstances sont bien différentes, cet automne : les enfants vont à l'école, les adultes sont tous au travail. Les visios qui furent un lien bienvenu, deviennent une contrainte supplémentaire. Le manque de perspective sème le doute da

"E la nave va" - toutes voiles rabattues

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A l'heure où le milieu culturel exprime sa frustration quant à la fermeture de ses lieux de travail, les commentateurs compatissent.   La culture est un secteur économique important. La culture est un vecteur de vie sociale. La culture est essentielle, etc. On aimerait aussi évoquer la dimension émancipatrice, civilisationnelle de la pratique, de la fréquentation, du côtoiement de l'art. "Même l’illettré qui n'a pas lu et ne lira jamais Flaubert, Rimbaud ou Joyce, ne vit pas aujourd'hui de la même façon que son semblable avant que ceux-ci apparaissent." Claude Simon, prix Nobel Au-delà de la fonction de lien, d'échange d'idées de l'art, à l'instar de la concrète réalité socio-économique de la culture, il s'agit d'émotion partagée, d'accès à l'abstrait, de transcendance pour éprouver ce qu'on ne saurait comprendre. La culture livre au plus grand nombre, une vision personnelle et artistique de la société des humains. C'est

Ecrire à petits pas …

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Parfois les logements sont exigus, les voisins trop proches. Parfois les connexions sont faibles, les images floues, le son épisodique. Parfois on voudrait un horizon. Parfois s'exprime la frustration … Éloigné des autres, on s'accroche à ce lien ténu du rendez-vous-hebdo-en-visio pour grappiller un peu de bonne humeur, dire encore notre sympathie mutuelle, entretenir la patience. Dans l'attente de jours meilleurs, on gravite cahin-caha, on partage. Les premiers travaux n'ont pas pu être livrés en novembre : 3 groupes et 3 textes qui n'ont pas rencontré leur public. Une lettre au Père Noël pour jouer avec la générosité - des enfants qui en ont montré tant - "parce que papa m'a expliqué que vous n'étiez pas très riche cette année" . Un exercice auquel les petits compagnons se sont adonnés avec espièglerie. Les jeunes acteurs de la compagnie "parlaient de poètes et d'écrivains qui font la route avec nous" , parmi lesquels un talentueux

Surmonter les épreuves … encore !

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Début novembre, un confinement partiel nous compte cependant parmi les activités sacrifiées sur l'autel sanitaire. Après 3 semaines de démarrage de la saison, les salles municipales ferment et nous laissent sans possibilité de développer notre programme ni de poursuivre nos répétitions théâtrales - à l'inverse des institutions culturelles qui peuvent au moins travailler et avoir des perspectives pour l'heure de la sortie. On nous assure comprendre notre désarroi… et puis quoi ? Rien. Fidèle, tant à son esprit qu'à son nom, la Compagnie du Ressort tente encore de résister et de rebondir. C'est re-parti pour les séances en visio - qu'il faut raccourcir pour ne pas fatiguer, qu'il faut multiplier pour préserver un ersatz de séance particulière lorsque l'effervescence collective est empêchée. Face aux incertitudes, on décide d'amender notre programme et de s'atteler à la constitution d'un Grand Répertoire de Petites Formes théâtrales. Si l'au